Conférence Ménopause & Périnée
Santé

Conférence Ménopause & Périnée

22 mars 2024·Manon NougierBarnateam

Ménopause et périnée : quels sont les liens ?

La ménopause est « la période de la vie d'une femme marquée par l'arrêt de l'ovulation et la disparition des règles ». Les changements hormonaux qui s’opèrent pendant la périménopause impliquent parfois certains troubles physiques au niveau de la zone intime et du périnée : sécheresse vaginale, douleurs vulvaires, fuites urinaires, descente d’organes…

Le périnée lui, aussi appelé plancher pelvien, « s’étend du pubis jusqu’à l’ossature du bassin et est composé de muscles et de tissus qui soutiennent les organes génitaux et urinaires dans le bassin : vessie, urètre et rectum ».

Vous vous interrogez alors peut-être sur les liens entre périnée et ménopause ?Vous êtes vous-même ménopausée ou en pleine traversée de la périménopause ?Vous souffrez ou êtes gênée par des symptômes génito-urinaires ?

Vous tombez à pic ! Nina Serezo, sage-femme, et Andréa Gimazane, enseignante en activité physique adaptée et spécialisée en santé sexuelle, répondent à toutes vos interrogations.

OUI, votre vagin et votre clitoris sont toujours fonctionnels après 50 ans.OUI, il existe des solutions pour soulager vos inconforts vaginal ou vulvaire.OUI, vous pouvez (re)prendre en main votre périnée comme une reine, et limiter ainsi incontinence et descente d’organes.

Pour tout comprendre sur le périnée, visionnez tout de suite notre conférence du 15 février 2023.

Nos invitées pour cet événement

Nina Serezo - Sage-femme

Sage-femme libérale à mi-temps, Nina Serezo exerce également à l’hôpital depuis deux ans. Formée à la gynécologie de prévention et au suivi de grossesse dans sa globalité, elle accompagne les femmes de A à Z dans leur parcours, de la puberté à la post-ménopause, dans tous les aspects de leur vie. Son crédo ? Mettre l’accompagnement au cœur de la profession.

Andréa Gimazane - Enseignante APA, spécialisée en santé sexuelle

Enseignante en activité physique adaptée et spécialisée dans l'accompagnement et la sensibilisation de la santé sexuelle, Andréa est aussi la créatrice du compte Instagram @pelvicfloow. Son objectif ? Sensibiliser aux troubles du plancher pelvien des personnes à vulves et à pénis, grâce à la vulgarisation scientifique. Prévention, sensibilisation et information : le but est de pouvoir briser les tabous autour des troubles du plancher pelvien.

Visionner le replay de la conférence

Ce qu'il faut retenir de la conférence

Conférence du 15 février 2023 (communauté Santé des femmes by Barnabé), consacrée aux liens entre ménopause et périnée. Intervenantes : Nina Serezo, sage-femme formée à la gynécologie de prévention (exercice en libéral et à l'hôpital), et Andréa Gimazane, enseignante en activité physique adaptée spécialisée en santé sexuelle (compte Instagram @pelvicfloow).

Synthèse fidèle des échanges. Elle ne remplace pas une consultation.

1. Ménopause : les repères

La ménopause est l'arrêt des règles pendant 12 mois consécutifs, consécutif à l'épuisement de la réserve ovarienne et à l'arrêt de la production hormonale. Au-delà des symptômes climatériques (bouffées de chaleur, sueurs, sécheresse vaginale, troubles urinaires, sommeil, douleurs articulaires), elle augmente le risque d'ostéoporose et de maladies cardiovasculaires (les œstrogènes ont un effet protecteur sur les artères). Le suivi gynécologique de prévention se poursuit : frottis tous les 5 ans, mammographie tous les 2 ans à partir de 50 ans, et un rendez-vous annuel. Les sages-femmes assurent ce suivi (y compris en post-ménopause) et orientent vers le gynécologue pour un éventuel traitement hormonal de courte durée (1 à 2 ans) si les symptômes pèsent trop.

2. Le plancher pelvien : anatomie et rôles

Le périnée (ou plancher pelvien) n'est pas un seul muscle : c'est un ensemble de muscles, ligaments et fascias qui tapisse le fond du petit bassin, entre la symphyse pubienne et le coccyx. En forme de hamac, il soutient la vessie, l'utérus et le rectum, et assure trois grandes fonctions : continence (urinaire, fécale, gaz), soutien des organes et sexualité. Il est indissociable de la respiration (diaphragme) et des abdominaux : il descend à l'inspiration, se contracte à l'expiration. La prise en charge est donc multifactorielle — pas seulement centrée sur le périnée.

3. Éducation périnéale : un travail de toute la vie

Nina préfère parler d'éducation plutôt que de rééducation : le périnée se travaille toute la vie. L'objectif est la conscientisation — un périnée fonctionnel se contracte par réflexe quand on tousse, rit, porte une charge ou se gaine. Une fois intégré (comme se brosser les dents), il se protège seul. Les sondes connectées vendues sur Internet sont un outil d'entretien utile (notamment pour les périnées très faibles), mais ne remplacent pas une prise en charge par une sage-femme ou un kiné spécialisé : la rééducation manuelle vise précisément cette conscientisation.

4. Prolapsus et incontinence urinaire

  • Prolapsus (« descente d'organes ») : l'affaiblissement du périnée laisse descendre la vessie, l'utérus ou le rectum (plusieurs grades). La chirurgie (bandelettes) est parfois nécessaire, mais il faut toujours travailler son périnée — sinon la récidive est fréquente à 3-4 ans.
  • Incontinence urinaire : elle peut venir d'un périnée affaibli ou d'un déficit abdominal. Trois formes : d'effort (porter, courir), d'urgence (ne pas arriver à temps), ou mixte. Très fréquente dès 60 ans, aggravée par la sarcopénie (fonte musculaire de la ménopause). Ce n'est pas tabou et des solutions existent — les protections à vie ne sont pas une fatalité.

5. Conscientiser et entretenir son périnée

Exercices d'auto-conscientisation (par Andréa) : regarder sa vulve au miroir en contractant comme pour retenir un gaz ; introduire un doigt dans le vagin et sentir la contraction/relâchement. Et un message fort de Nina : toutes les vulves sont normales, personne n'a la même.

⚠️ Le « stop pipi » est interdit : couper le jet d'urine fait remonter dans la vessie des urines non stériles, au risque d'infections urinaires voire de pyélonéphrites.

Les boules de geisha (et les œufs de yoni) sont un excellent outil : introduites dans le vagin, elles déclenchent une contraction réflexe pour les retenir (30 min, 3 fois/semaine, par poids croissants). Plus pratiques que les sondes car on peut vaquer à ses occupations. En cas de vaginisme, dyspareunie ou vulvodynie, on commence par les plus petits modèles.

6. Périnée et sexualité

Des sensations diminuées lors des rapports (post-accouchement ou à la ménopause) peuvent traduire un relâchement du périnée. Le clitoris ne se résume pas à son gland externe : il mesure environ 13 cm, avec des bulbes internes entourés par le périnée. Contracter le périnée pendant le rapport favorise l'érection clitoridienne, stimule les bulbes, resserre le vagin et augmente les sensations. Le périnée a donc toute sa place dans la sexualité.

7. Sécheresse vaginale, mycoses, hygiène

La chute hormonale diminue la lubrification. Démystifier le lubrifiant : son utilisation ne signifie pas un défaut d'excitation. Un produit à l'acide hyaluronique (type Replens), à appliquer en intravaginal le soir, réhydrate durablement les tissus sans effet collant. Les probiotiques (de préférence en comprimés vaginaux secs) entretiennent la flore et préviennent les mycoses à répétition (pertes blanches, démangeaisons) — en cure mensuelle ou après une antibiothérapie.

Hygiène : sous-vêtements en coton, les changer après le sport ; ne pas porter de protège-slip en permanence (il absorbe la bonne flore et favorise les mycoses) ; ne pas sur-laver le vagin. Et boire 1,5 L d'eau/jour — l'hydratation corporelle hydrate aussi le vagin. Ne jamais arrêter de boire, même en cas de fuites nocturnes ou de rétention d'eau : le corps, privé d'eau, irait la puiser y compris au niveau vaginal.

8. Sport et périnée : ne pas arrêter

Mythe à déconstruire : la course à pied, le trampoline, le crossfit ou la musculation ne sont pas interdits. Après une rééducation et une réadaptation à l'effort, la reprise doit être progressive (intensité, régularité, fréquence, par paliers). Si des fuites apparaissent à l'entraînement, c'est un signal d'alerte : revenir au stade précédent, le périnée n'a pas récupéré. Aucune activité n'est mauvaise en soi ; c'est un entraînement trop intensif ou trop rapide qui crée les troubles. Et des fuites à l'effort ne sont jamais « normales ».

9. Le pessaire : une alternative à la chirurgie

Le pessaire (posé par un gynécologue ou une sage-femme formée) est un anneau placé derrière la symphyse pubienne qui redresse la vessie et limite l'incontinence d'effort et le prolapsus. Plusieurs formes (cube, anneau) : certaines fixes (gardées des années, rapports possibles), d'autres amovibles. Il n'est pas censé faire mal — si c'est le cas, il est mal positionné. C'est un excellent entre-deux entre la chirurgie (qui n'est jamais définitive : récidive fréquente à 3-4 ans) et la rééducation seule.

10. Ne pas rester seule, trouver un praticien

Le message central des deux intervenantes : ne pas rester seule avec ses symptômes. Incontinence, sexualité, périnée ne sont pas des tabous. En première intention : sage-femme ou kinésithérapeute spécialisé. Pour trouver un praticien, le site du Conseil de l'Ordre des sages-femmes (et celui des kinés) liste les professionnels installés en libéral — beaucoup ne sont pas sur Doctolib. Les sages-femmes peuvent aussi suivre les femmes n'ayant jamais eu d'enfant (sur ordonnance médicale pour la rééducation). Un mauvais contact ne fait pas un mauvais professionnel : n'hésitez pas à en voir plusieurs jusqu'à trouver « votre » praticienne.

Rappels clés

  • Suivi gynécologique annuel à poursuivre après la ménopause, même sans rapport sexuel — la sexualité ne s'arrête pas à la ménopause.
  • Frottis tous les 5 ans, mammographie tous les 2 ans après 50 ans.
  • Grossesse et accouchements : facteur de risque de prolapsus, mais non déterminant (la rééducation dès le premier accouchement, idéalement avant la grossesse, limite le risque).
  • Surpoids : facteur de risque d'incontinence, mais pas une fatalité — déculpabiliser, aucune femme n'est résumée à ses facteurs de risque.
  • Surtout, ne pas autodiagnostiquer sur Google : consulter un praticien.

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